|07.02|Jean-Claude LEWANDOWSKI | Les Echos
lundi 13 février 2012, par Mathilde Brugier
La mère, Agnès Baumier-Klarsfeld : « Une façon de nous rassurer »
« Je voyais que ma fille Anna hésitait beaucoup sur son orientation après le bac -même si elle n’avait pas de difficulté particulière dans sa scolarité. Voyant son embarras, je lui ai proposé de consulter une orientatrice privée. Le coût n’était pas très élevé, et je pensais que cela pourrait lui éviter de faire des erreurs qui pouvaient s’avérer pénalisantes par la suite.
« Ma fille a donc rencontré cette personne à trois reprises. Elle est ressortie de ces entretiens avec une synthèse de ses points forts -l’expression orale, la logique, par exemple -et quelques pistes pour un futur métier -en l’occurrence le droit. A vrai dire, que tout ce que la conseillère lui a indiqué, nous le savions plus ou moins. Mais cela nous a permis de mettre des mots sur des idées qui étaient plutôt confuses ou informulées. Au fond, c’était une façon de nous rassurer.
« Je pense que ma fille était plutôt contente de voir que nous nous intéressions à son orientation. Il y a un effet psychologique de la démarche : c’est une façon de rappeler à l’élève qu’il est important qu’il sache ce qu’il veut faire. Cela le pousse à faire davantage attention, et à se mobiliser. C’est un signal important. »
La fille, Anna Klarsfeld (aujourd’hui étudiante à Sciences Po Paris) : « La démarche sert surtout à valider ses choix »
« J’étais alors en terminale S, où j’avais plutôt de bons résultats. Mais je n’étais pas sûre de ce que je voulais faire. L’idée de devenir ingénieur ne me tentait guère, pas plus que celle de faire médecine... En réalité, je me sentais plutôt une vocation littéraire. Mon idée était plutôt de faire une prépa littéraire. C’est d’ailleurs ce que j’avais demandé sur le site Admission post bac.
« C’est ma mère qui, me voyant en pleine incertitude, m’a proposé de rencontrer une conseillère en orientation. En réalité, je crois qu’elle s’inquiétait plus que moi. J’ai accepté de tenter l’expérience -peut-être dans l’espoir de me conforter dans mon choix.
« J’ai trouvé cette conseillère assez sympathique. Nous avons discuté de façon informelle, puis elle m’a fait passer des tests, avec des séries de questions qui se recoupaient. Ces tests m’ont permis de mettre des mots sur mes aptitudes, mes goûts... L’objectif était de parvenir à définir cerner un profil -créatif, organisé, etc.
« Dans l’ensemble, je me suis bien reconnue dans le portrait que la conseillère m’a restitué. Je suis assez littéraire, pas très organisée... Tout cela, je le savais déjà, et je n’ai pas eu de grande révélation.
« Personne ne peut décider de notre avenir à notre place L’objectif n’était pas non plus de désigner un ou deux métiers pour lesquels j’étais censée être prédestinée. Quant aux filières de formation, nous en avons peu parlé. En réalité, ma conseillère affichait des ambitions modestes -ce qui m’a paru plutôt positif.
« Bref, ces trois séances n’ont pas bouleversé mes projets de vie. Mais elles m’ont donné davantage confiance dans mes projets. J’ai pensé que j’avais plutôt le profil pour faire Sciences Po -et c’est d’ailleurs ce que j’ai fait -même si cela n’apparaissait pas clairement dans ma fiche de synthèse.
« Certes, j’aurais sans doute pu me passer de ces entretiens, car j’avais déjà beaucoup réfléchi à mon orientation, et mes conclusions n’auraient pas été différentes. Mais pour quelqu’un qui hésite, c’est l’exercice peut être très utile. Même s’il ne faut pas s’attendre à des révélations fracassantes. »
La coach, Anne-Marie Soula, conseil en ressources humaines : « Mon approche est centrée sur la personne, ses goûts et ses aptitudes »
« Mon métier, ce sont les ressources humaines. C’est par là que je suis venue, il y a une dizaine d’années, au conseil en orientation -qui ne représente qu’une petite partie de mes activités.
« Mon approche est centrée sur la personne. Je cherche d’abord à comprendre ce qu’un jeune aime ou n’aime pas : ses loisirs, ses activités... L’objectif est de l’aider à prendre conscience de qui il est, dans une perspective professionnelle. J’utilise des questionnaires assez classiques sur les goûts et les centres d’intérêt, qui me servent de support pour travailler sur l’orientation. Autrement dit, mon propos consiste à aider le jeune à se situer par rapport à des gens qui ont le même profil que lui, et qui exercent tel ou tel métier : est-ce qu’il se voit exercer ce métier, ou non ?
« Concrètement, mon travail s’étale sur trois séances d’une heure, dont une réunissant le jeune et ses parents. Le tout est facturé environ 165 euros. Pour moi, il est indispensable que le jeune soit d’accord pour venir me voir. Sinon, je refuse le rendez-vous. Si le jeune ne vient que sur ordre des parents, cela ne marche pas. Les jeunes que je reçois ne sont pas forcément en situation difficile. La plupart appartiennent à la classe moyenne. Ils repartent avec quelques lignes directrices pour un plan d’action -mais pas avec un métier bien identifié ou une formation à suivre.
« Il existe une pression très forte autour de l’orientation, surtout chez les parents. Cette pression vient pour une large part du marché de l’emploi. Elle est liée à la montée de la précarité. Mais pour les jeunes, le problème est différent. A 18 ou 20 ans, ils sont en plein changement identitaire. L’orientation n’est pas leur première préoccupation. C’est un sujet qui arrive trop tôt, alors qu’ils ne sont pas encore mûrs. Ce sont les parents, bien souvent, qui les amènent à y réfléchir. Mais précisément, leurs relations avec les adolescents sont souvent difficiles. Certains parents me disent : « Nous vous amenons notre enfant parce que nous n’arrivons pas à dialoguer avec lui... »
« Le plus souvent, l’entretien se passe très bien. Mais il y a environ 10 % de jeunes qui ont la tête ailleurs, et qui ne sont pas motivés pour réfléchir à leur avenir. Dans ce cas, il faut attendre... Il y a aussi des cas plus complexes, de jeunes qui ont un réel problème d’équilibre personnel. Cela dépasse évidemment le cadre de l’orientation. Enfin, il arrive parfois que l’entretien soit difficile, assez tendu...
« Le moment idéal pour commencer à travailler sur l’orientation, ce serait le début de l’année de première. Cela permettrait de réfléchir pendant l’année, de rencontrer des professionnels... Ensuite, en terminale, il y a le bac. Mais la moitié des jeunes que je reçois viennent en terminale, souvent à partir de janvier, un peu paniqués... ».